Juliette Elie, plasticienne

4 Mar

Vendredi matin, début mars, grand soleil sur Paris. Je grimpe les six étages d’un vieil immeuble du Sentier, sans ascenseur, obviously, sans quoi je ne serais pas au bord de la crise cardiaque quand Juliette m’ouvre la porte : « c’est haut putain ». 
J’ai toujours su trouver les mots pour parler aux artistes.

J’ai rencontré Juliette pour la première fois lors d’un voyage de presse à l’exposition de Christian Gonzenbach à Roubaix, haut lieu de l’art contemporain pour ceux qui en douteraient. Quand j’ai lu son (excellent) compte rendu, je me suis dit : cette fille n’a pas porté sur les œuvres un regard de journaliste, mais de confrère. Indeed, si elle pige à l’occasion, elle est avant tout plasticienne.

Les Oiseaux du lac Stymphale

Du haut de ses 25 ans, J.E. réalise sa première exposition ces jours-ci (du 11 mars au 12 avril), au Musée Terra Amata de Nice. Elle s’intitule Les Oiseaux du Lac Stymphale, en référence au sixième des travaux d’Hercule, dont généralement personne ne se souvient.

(Pourquoi tout le monde se souvient-il en revanche des écuries d’Augias ? J’ai mon idée sur la question : cet épisode fait phonétiquement et symboliquement penser à une chasse d’eau, accessoire que chacun utilise – de préférence – fréquemment.)

En résumé : des oiseaux anthropophages, armés de becs et de griffes de bronze, squattaient le lac Stymphale, en Arcadie au beau milieu du Péloponnèse, avant d’être vaincus par Hercule. Juliette a donné corps à ce mythe en créant un chantier de fouilles où auraient été retrouvés des restes de ces monstrueux volatiles : griffe géante, clichés des paléontologues à l’oeuvre, panneaux indiquant les résultats d’études scientifiques… Tout est plus vrai que nature, d’autant que l’exposition est hébergée non dans une galerie, mais dans un musée de paléontologie.

Art-chéologie

« All is true. » C’est l’épigraphe d’un roman de Balzac.

(Lequel ? Je ne me souviens plus… Googuelisons pour voir : Le Père Goriot. Je ne l’ai pas lu pourtant. Ca doit être ce qu’on appelle communément la culture.)

La vérité dans la fiction, je me suis toujours dit que c’était ce qui faisait le prix de l’art et ici, c’est à l’évidence ce subtil équilibre qui est recherché. Ainsi, les vues aériennes des champs de fouilles semblent d’une authenticité troublante, et pourtant, en y regardant de plus près, les personnages sont figés. Figurines et hommes à la fois (photo n°8 du diaporama).
J.E. aime effacer les lignes qui séparent la réalité de la fiction et unir ces deux mondes dans les univers auxquels elle donne naissance. Pas étonnant, elle apprécie Haruki Murakami, de qui il lui est arrivé de s’inspirer pour d’autres travaux : « chez lui, il y a toujours ce passage entre quelque chose de magique et le réel. Chez lui, ce n’est pas une frontière. C’est ça que j’aime. »
Même balancement ou plutôt, même alliance dans cette exposition où se mêlent art et science : « les mythes, c’est à la limite de l’Histoire et de la fiction totale. », rappelle-t-elle.
Pour Juliette, la science n’est en rien une attache à la réalité, mais, au contraire, une source d’évasion :
« La science, c’est très poétique. Le fait de ne rien y comprendre rend la chose poétique, ça transforme la vision… Tu vois, depuis toute petite, je suis fascinée par les museums d’histoire naturelle. Des ossements, des restes de quelque chose que tu n’as pas connu, qui pour nous est une fiction complète… Tu peux tout imaginer à partir de ça… »

Le genre de discours qui me plaît.

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Juliette, ailleurs :

Le Figaro

Le Magazine Littéraire

Musée Terra Amata

>>> Prochain épisode : Gwendal Le Scoul, illustrateur

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