Ariel Kenig, auteur

23 Mai

Vous l’attendiez, le voici : le second opus de notre grande série sur les écrivains à casquette est enfin en ligne. Après Karim Madani, le polar et les Yankees de New York, c’est désormais au tour d’Ariel Kenig de venir représenter l’autofiction ainsi qu’une autre équipe de baseball que nous n’avons pas vraiment pu identifier (est-ce vraiment important ?).

Autodidacte de l’autofiction

L’autofiction, ça laisse souvent un peu sceptique. On est nombreux à déplorer que la littérature française renonce à l’imaginaire, voire purement et simplement à l’histoire, pour se recentrer sur des récits nombrilistes, qu’on taxera tantôt d’exhibitionnisme, tantôt de narcissisme.

Mais les préjugés ont vocation à être démentis et Ariel s’est chargé de nous prouver que le choix de ce genre pouvait relever d’une démarche cohérente, à la fois esthétique, politique et éthique. Et, en plus, intéresser le lecteur.

Ariel a 28 ans et a grandi à Boulogne-Billancourt, ce qui lui fait deux points communs avec un des deux auteurs de ce blog. (Et aussi avec Thomas Hollande, autre star incontestée de l’autofiction. Coïncidence ?) A la cité du Pont de Sèvres précisément, d’où était réputé venir une bonne partie du shit du 92. Rien ne le prédisposait à devenir écrivain et ce n’est qu’à l’âge de 17 ans qu’il découvre véritablement la littérature. A partir du Bac, il y consacre tout son temps, renonçant aux études et se formant par lui-même, au fil des lectures, correspondances et rencontres avec ceux qu’il admire : Despentes, Houellebecq, Angot et surtout, Guillaume Dustan.

Dustan

C’est à cet écrivain homosexuel, mort en 2005 du sida et resté célèbre pour le caractère subversif de ses prises de position, qu’Ariel Kenig doit largement sa vocation. A 17 ans, Ariel lit Génie Divin : révélation. Tu te souviens, lecteur, de ta première fois sur le Potaj. Pareil. Puis il découvre, sur le plateau d’Ardisson, Dustan dans ses oeuvres, face au cardinal Lustiger. Dustan y défend une philosophie de vie fondée sur l’individualisme et le plaisir, où chacun n’est responsable que de lui-même. Ses propos, qui choquent l’assistance, sont énoncés avec douceur et sans volonté de polémiquer. Ils sont accompagnés d’une pointe de résignation dans la voix, comme si Dustan se savait vaincu.

Il l’a effectivement été, par l’époque et la maladie, le temps et l’esprit du temps. Mais ses idées lui ont survécu et imprègnent aujourd’hui encore la pensée d’Ariel, que l’on pourrait tenter de résumer ainsi : à l’inverse de ce que le discours ambiant laisse entendre, nous ne vivons pas dans une société individualiste, mais plutôt dans une société égotiste. Les égos exhibés ne sont pas valorisés mais dégradés, formatés par le consumérisme qui les polit. Facebook en est un instrument.

Esthétique du politique

Dans son discours comme dans son dernier roman, Le Miracle, paru chez L’Olivier en début d’année, le propos d’Ariel est avant tout politique (pas au sens militant du terme, même s’il est imprégné d’anti-sarkozisme). L’histoire du Miracle, qui a bel et bien été vécue, n’est in fine qu’anecdotique : une vieille connaissance le recontacte pour lui proposer des photos de vacances de Pierre Sarkozy, présent non loin d’une catastrophe naturelle au Brésil. L’auteur tente en vain de les revendre à la presse people, avant de s’apercevoir qu’elles sont visibles par tous sur le profil Facebook du fils Sarko.

L’intrigue est avant tout l’armature qui lui permet de développer sa perception de l’époque contemporaine, des rapports de force sociaux et de la relation à internet en particulier. Les effets de style sont réduits au minimum, l’écriture est épurée, dense, concise, entièrement mise au service de la pensée. Elle reste sensible toutefois et c’est en cela que Le Miracle s’éloigne de l’essai et demeure une oeuvre littéraire. Ce n’est pas une société qui est lue mais aussi des personnages et leurs comportements.

« En France il y un culte du premier jet, de l’écriture expiatoire…. Moi je crois beaucoup au re-travail. L’écriture a tout un aspect technique, primordial, sur lequel on m’a aidé. J’applique des règles simples : le moins de mots possibles, une grande prudence avec les allitérations, les jeux de mots… J’évite tout le kitch des effets. »

On est bien loin ici de l’approche évoquée avec Karim Madani, où le climat narratif et l’imaginaire servaient de piliers.

La démarche d’Ariel, tout aussi digne d’intérêt, est radicalement opposée : « Je crois qu’on peut être un bon écrivain et pas un romancier. Je dis que je fais des romans par convention. Je dis d’ailleurs plutôt que je suis auteur. Je fais des livres, j’achève des textes. »

> Petite lecture avec Ariel

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