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Retour à Arkestra avec Karim Madani

18 Jan

On avait quitté le romancier Karim Madani place d’Italie, début mai. Il faisait « une chaleur de dingue » (comme Jean Daniel et Bernard-Henri Lévy, le POTAJ s’autocite, c’est même ce qu’il fait de mieux), c’était presque l’été, on avait un triple A et des vacances en vue, plein de projets qui n’avaient pas encore foiré et largement moins de 30 ans.

Comme les choses ont changé ! On a désormais froid, un an de plus, un A de mois, un lointain souvenir de vacances trop courtes et la franche satisfaction d’avoir participé en 2011 à un maximum de projets morts-nés.

Heureusement, dans ce contexte morose a surgi une lueur d’espoir : Le Jour du Fléau (Série Noire, Gallimard). Drôle de nom pour une lueur d’espoir, certes… C’en est une pourtant, pour tous ceux qui croient que la littérature française contemporaine peut encore raconter des histoires, inventer un univers, une ville… En bref, faire résolument le pari de l’imaginaire.

Mais laissons parler l’auteur de ce roman paru en novembre dernier et que 100% du POTAJ, soit près de deux personnes, a dévoré.

Comme pour ses précédents romans, Karim a pris un soin particulier à élaborer en amont un déroulement précis de l’action avant de se lancer dans l’écriture.

A la manière de Frank Miller (l’auteur de Sin City), Karim a inventé une ville maudite, sombre et violente, où les clivages et tensions présents dans notre société sont exacerbés : Arkestra.

Karim nous le disait la dernière fois : « je raconte pas mes vacances, j’essaie de construire une oeuvre ».

Pour finir, quelques lignes lues par Karim.

Parce qu’il n’y a pas que le POTAJ qui parle de Karim Madani (et heureusement pour lui…) :

Rue 89

France Culture

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Gaspar Claus, violoncelliste expérimental

14 Nov

La rédaction du POTAJ tient à préciser à ses lecteurs qu’avant d’écrire ce portrait hagiographique, le sympathique Gaspar Claus a généreusement acheté notre complaisance. A peine arrivés au 5ème étage, le mec prend le blogueur dans le sens du poil. «  J’ai compris qu’il vous fallait un café. Rien à manger ? Un croissant ? Un croissant franchement… Pas de salade de betterave, ni d’anchois marinés ? ». Notre conscience professionnelle s’est inclinée devant le saumon fumé. Eh oui, on peut être sympas, drôles, plutôt beaux gosses et complètement corruptibles.

Cette mise au point effectuée, passons à Gaspar Claus.

Être d’exception (c’est trop ? ouais, mais bon, du saumon fumé quand même !)… Être d’exception donc, qui excelle à la fois dans les petits-déjeuners improvisés et le violoncelle.

Le violoncelle ?

«  V’là l’instrument tout chelou, t’as vu », tacle immédiatement Stéphane, qui essaie souvent, par ses écarts de langage, de faire maladroitement oublier qu’il a bientôt trente ans.

Sauf que notre jeune violoncelliste dynamite le classicisme vieillot qui colle à son instrument. Avec ses cheveux en bataille genre beau brun ténébreux qui rentre tout juste d’after, son pull à motif norvégien, sa démarche nonchalante de mec qui a des facilités, sa voix un peu planante comme s’il jouait aussi avec un archet sur ses cordes vocales, il ferait tomber n’importe quelle midinette dans le panneau.

Et ça n’a pas raté. Les deux blogueurs sensibles que nous sommes sous notre carapace de muscles sont restés cois devant les vidéos réalisées par le jeune homme avec son pote Vincent Moon.

(pour les pressés, allez écouter la musique à 3’40)

Ca y est ?

Vous aussi vous êtes désormais persuadés que le violoncelle est en fait extrêmement cool ? Bienvenue. Vous venez de rejoindre le club des victimes de Gaspar Claus.

Mais c’est quoi ton style à la fin ?

Attention à ne pas le vexer cependant. Violoncelliste, c’est un peu réducteur. « Quand on m’appelle pour une participation sur un disque et qu’on me dit : « on aimerait bien qu’il y ait un violoncelle là-dessus », en général je décline. J’aime bien qu’on m’appelle pour ce que je fais, moi, et pour ce violoncelle-là ».

On se dit : cool, un mec aussi nombriliste et prétentieux que nous, ça fait plaisir ! Pour un peu, on lui proposerait de rejoindre la rédaction du POTAJ. Sauf qu’en fait, il n’est pas particulièrement snob. Juste férocement attaché à sa différence.
Et que fait-il donc de si particulier ? Pas facile à définir. Craignant avant toute chose de se laisser enfermer dans une case, il multiplie les collaborations les plus diverses, prenant un malin plaisir à semer le blogueur qui voudrait lui construire une trajectoire cohérente pour les besoins de son article. Être là où on ne l’attend pas, c’est une de ses marques de fabrique.

« J’aime bien jouer un jour avec un vieux comédien français qui reprend le Cantique des cantiques et le lendemain avec un Japonais qui se chie dessus sur scène et qui finit par tout faire péter en faisant le max de bruit. L’année dernière, je me suis levé un matin à 3 heures pour jouer pour les éboueurs d’Aubervilliers et le soir je jouais pour un vernissage de Louis Vuitton sur les Champs Elysées. Ça j’adore. »

Pour vous donner une idée, tentons un instantané.

1) Avec son père, Pedro Soler, il vient tout juste de sortir un album flamenco, Barlande (cliquer pour écouter), du nom de la vieille ruine qu’il retape sur les hauteurs de Banyuls l’été…

2) Il a joué au Café de la danse avec Rone, un DJ électro…
http://official.fm/tracks/164243

« Ça c’est énorme ! Quand tu es violoncelliste, en général, t’as plutôt un public de grabataires qui s’endorment pendant que tu joues. Là tu arrives dans un club avec plein de jeunes debout en train de danser et de hurler pendant que tu joues… »

3) … avec la chanteuse Catherine Jauniaux…
http://official.fm/tracks/73243

4) … ou avec le musicien expérimental japonais Keiji Haino…
http://official.fm/tracks/73286

avec qui il a d’ailleurs enregistré récemment au Japon une pièce qu’il a écrite pour douze musiciens traditionnels et d’avant-garde  « sur une forme de composition classique du XVIIIe siècle, Jo-ha-kyû, c’est à dire pénétration, déchirure, accélération infinie. Quelque chose de très japonais »

5) …et pense collaborer bientôt avec un groupe de metal core français.

« Des gars avec des cheveux longs, les guitares jusqu’au sol, habillés tout en noir,… ultra violent ! Ils voudraient que je fasse tous les interludes »

Hasta siempre la revolucion !

Flamenco, musique traditionnelle, electro, metal,… Peu importe la forme en fait. L’essentiel pour ce jeune musicien, c’est la qualité du son. En cela il ressemble à son père, qu’il décrit comme « un guitariste flamenco reconnu, mais pas le plus précis des métronomes, ni le plus technicien des guitaristes ». Par contre « il habite chacune des notes qu’il joue. Et ça c’est très rare. Souvent, les musiciens font chier. Ils te demandent combien de notes t’es capable de jouer en une minute, si tu sais faire un sept temps plus quatre temps, … C’est un capitalisme du savoir musical ! ».

Sur cette envolée cheguevariste, on en oublie presque de finir le saumon. On voudrait prendre notre carte du parti, défiler devant Wall Street avec des violoncelles. Malheureusement, les masses ne sont pas encore prêtes pour le grand soir, nous apprend Gaspar Claus qui va régulièrement répandre la bonne parole dans les conservatoires.

« J’ai une journée pour parler de mon approche à des gamins de douze ans qui ne font que ça : travailler leur instruments, leurs morceaux, la théorie,… Je leur dis « allez, maintenant on va jouer avec le silence ». Et la plupart jouent tout doucement. Pianissimo. Ils remplissent tout l’espace sonore avec un filet de musique et pour eux c’est ça, le silence. Alors que le silence c’est quelque chose que tu romps, que tu déchires, que tu malaxes, que tu fais rouler et résonner, duquel émerge toute musique. Pour moi, tu ne peux pas être musicien sans avoir un peu ressenti ça ».

Là, on se dit qu’on n’est pas musiciens. Mais bon, on garde le silence, pour faire signe qu’on a compris. L’interview continue, il n’a pas remarqué notre incompétence. Tout va bien.

L’ami imaginaire

Dans un coin du salon trône le coffre blanc du violoncelle. Sa taille et sa forme font penser à un petit être humain. Et le musicien ne fait rien pour dissiper cette étrangeté en faisant les présentations. « C’est un petit violoncelle, un petit Mirecourt, de 1810 ». Mirecourt est la ville des luthiers en France, comme Crémone en Italie. « On est allé jouer là-bas. Je l’ai baladé, je lui ai montré un peu d’où il venait. « Tiens tu vois c’est là que t’es né » ».

Merde. Il parle à son violoncelle. Là, on se dit qu’il est un peu barré, mais on fait comme si de rien n’était. Vivre avec un instrument auquel on tient doit expliquer ce genre de comportement. On évite de trop se rapprocher du « Précieux » violoncelle.

« Il date de 1810. Rendez-vous compte le nombre de musiciens qui l’ont tenu entre leurs mains, l’histoire qu’il a eue avant moi et qu’il continuera d’avoir après moi ! C’est plutôt moi qui passe par lui que le contraire. Il est plein de fantômes, de traces ».

On commence à sentir un délicieux frisson nous parcourir l’échine.

« Il est très difficile à jouer, très introspectif, pas du tout explosif. Du coup il a fallu que j’aille chercher le son. Il m’a fallu des années pour comprendre comment faire en sorte qu’il sonne. D’ailleurs je ne joue pas DU violoncelle, je joue de CE violoncelle »

C’est beau comme une déclaration d’amour. On voudrait applaudir, mais on est toujours en train de manger du saumon fumé, et c’est pas pratique.

La déprime du surdoué

Le plus déconcertant, c’est quand Gaspar Claus confesse avec un naturel désarmant qu’il ne pensait pas du tout devenir musicien. En réalité, il était monté à Paris faire du théâtre. Ça a commencé à marcher, alors il a arrêté. Puis il a commencé des études de philo. Mais ça devenait sérieux, alors il a arrêté.

(Toute comparaison avec la vie sentimentale du blogueur moyen serait trop facile, nous nous refusons à la faire)

Bref, pendant plus de cinq ans, il n’a même pas sorti son violoncelle de sa boîte. Il se souvient seulement avoir repris un jour, ne pas y être arrivé, se dire qu’il avait tout perdu quand soudain… « Sur une étude dont je ne me souvenais pas, ma main s’est mise à jouer. C’était comme dans un film, je regardais ma main faire un truc dont je ne savais pas qu’elle était capable. Je suis parti de là. Et je ne sais pas du tout comment j’en suis arrivé là où j’en suis aujourd’hui ».

On imagine la scène réalisée par Spielberg en plans serrés entre le ralenti sur les doigts et le visage inquiet du violoncelliste dans une semi obscurité qui se lèverait peu à peu.


Ce qui est cool avec Gaspar Claus, c’est que souvent, sa mémoire un peu floue des événements leur confère un aspect merveilleux. Par exemple, la légende veut qu’il soit rentré fasciné, petit garçon, d’un concert de Lluis Claret et ait commencé à jouer du violoncelle en tenant une guitare à la verticale avec une cuillère en bois. Ou encore, qu’il ait su lire la musique avant le français… Et ça, c’est bon pour le biopic !!! (Steven, si tu veux nos conseils techniques, laisse un message sur le POTAJ, on te recontactera)

Enfin, encore faut-il qu’il ne se lasse pas de la musique.

« C’est vrai que ça commence à marcher. Et récemment j’ai fait trois mois de déprime musicale parce que je n’en pouvais plus de ce que je jouais. De toujours m’entendre jouer les mêmes choses quand j’improvisais »

Aïe.

Va-t-il nous claquer dans les doigts et aller faire de la comptabilité analytique l’année prochaine pour se changer les idées ? « La musique est en train de devenir mon métier et j’ai envie de le faire sérieusement », rassure-t-il dans un sourire, avant de raconter qu’il vient de faire l’expérience de toute une nouvelle gamme de sons. Il a l’air incroyablement enthousiaste, comme un gamin qui viendrait de découvrir que Haribo ne fabrique pas que des escargots en réglisse. « J’ai 28 ans, j’ai commencé le violoncelle à 5 ans et c’est hyper rassurant de voir que sur cet instrument pas grand, il y a un nouveau son qui émerge sur lequel tu vas pouvoir bosser »

Il sort son violoncelle de l’étui, l’enlace, fait jouer son archet sur le bois, sur le pied en métal, sur le chevalet. Et glisse son porte-micro sur les cordes pour nous faire entendre son fameux nouveau son, plutôt inconfortable et angoissant (vas-y lecteur, clique, c’est interactif)

Les voisins ne vont pas gueuler?

« Ils ne se sont jamais plaints de ma musique. Juste des meubles que je déplace. Mais bon, comme je ne déplace pas de meuble, je me demande si en fait ce n’est pas la musique »

Nine Antico, auteure de BD

14 Sep

Rue St Denis, Paris 2. Des femmes légèrement vêtues et des boutiques de textile improbables. Au fond d’une cour aux recoins sales, l’escalier et l’ascenseur. Les deux mènent à l’atelier de Nine Antico. Ca tombe bien, c’est là qu’on va. On prend l’ascenseur parce qu’on peut être deux blogueurs sportifs et musculeux et parfois – rarement – faire comme tout le monde, pour voir. Il y a une fausse sonnette collée sur la porte. On ne se fait pas du tout avoir comme des débutants. On vérifie seulement que c’est bien une fausse sonnette.
Deux fois.
Et là, on entend des pas dans l’escalier. C’est elle. Tout de suite, la fille te met à l’aise. Elle est en retard, comme nous. Sportive de bon matin, comme nous. Elle boit des mugs de café en fumant des clopes d’eau pétillante, comme nous. Bref, comme l’inénarrable Christine Boutin parlant de sa campagne présidentielle, « on a le feeling ».

En fait, la principale différence entre Nine Antico et nous, c’est qu’elle a publié trois bandes dessinées. Alors qu’elle doit mourir d’envie d’avoir un blog, évidemment. Bon, ça viendra peut être, nous-mêmes avons pas mal lutté avant la consécration. En attendant, Nine passe donc ses journées à écrire des histoires et à dessiner dans un grand deux-pièces qu’elle partage avec deux comparses.

L’atelier

C’est un bureau de rêve. Des livres et des dessins partout. Des ordis avec des saucisses en fond d’écran. Et surtout une déco entre Goodbye Lenine et L’auberge espagnole faite de vieilles cartes postales de camping sur leur présentoir tournant, d’une statue en plâtre peint de Mao adulé par les foules, d’un nu psychédélique au point de croix. En lecteurs assidus de Kant et de sa « Critique de la faculté de juger esthétique » on se dit : « putain c’est chanmé ici ».

Donc Nine dessine. Depuis toujours. Sans entrer non plus dans le cliché de la gamine exclue qui griffonne dans les marges de son cahier. « J’étais première de ma classe. Parfois deuxième. Troisième je pleurais », confesse-t-elle. (Comme nous encore une fois. Sauf qu’on pleure jamais). Pour l’artiste en marge de la société, on repassera. Des parents aimants, des potes qui valident ses coups de crayon, des résultats scolaires qui suivent. On commence à entendre les violons, c’est le passage mièvre de l’interview. Rassure-toi lecteur, après c’est mieux, y’aura du sexe et tout, c’est promis.

Les taules

Tout a beau avoir l’air rose comme ça au début, Nine se prend quand même les pieds dans le tapis. D’abord refoulée des écoles d’art après la 3ème, puis de nouveau après le lycée. « J’ai passé un concours pour rattraper un BTS. Je suis arrivée complètement complexée. Tout le monde avait le matériel, tous les trucs. Moi j’avais des crayons de couleurs et de la gouache dont je ne savais pas me servir ». Lose. Peu importe, elle s’accroche, commence à bosser à 19 ans et continue à dessiner, frénétiquement, dans des petits carnets noirs qui s’empilent aujourd’hui dans son atelier. Beaucoup de croquis de concerts, nerveux, mais aussi des situations de tous les jours. Souvent des annotations jouxtent le dessin.

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Elle commente. « Ca c’était dans le parc de Belleville. Y’avait un petit bébé mignon avec des grosses chaussettes. Sa mère nous a dit qu’il avait la polio, ça a un peu cassé l’ambiance ». Voilà, vous commencez à saisir le genre d’anecdote qui fait le sel de Nine Antico.

Bref, on est au début des années 2000, elle démarche la presse, décroche ses premières illustrations dans Trax ou Nova Magazine. Pas de quoi en vivre, mais bon. A l’époque, le POTAJ n’existe pas encore, alors c’est un peu la classe.

La niaque

« J’avais un optimisme débordant. Y’a une nana qui m’a dit « il est temps, vous savez, vous pouvez encore reprendre des études. C’est important vous savez » ». Preuve que, contrairement à une idée répandue, les gens pas visionnaires ne sont pas tous conseillers d’orientation. « J’étais prête à encaisser les non. Aujourd’hui encore, je suis bancale sur certains points. Mais ça ne sert à rien d’attendre de maîtriser, sinon tu ne fais jamais rien. Les maladresses font aussi partie du chemin ». Ca c’était la partie « Maitre Yoda » qui t’enseigne la life. Nous, on a pas compris, vu qu’on fait toujours tout bien, du premier coup, y compris (et peut être surtout) le tarama maison. Mais bon, on fait passer le message, au cas où.

Nine commence sa première bande-dessinée en 2006, en prenant conscience qu’elle peut scénariser ses croquis. Étonnant, pour une nana qui de son propre aveu, n’a jamais lu beaucoup de BD elle-même. « C’était ma force, je venais de nulle part, sans influence directe ». Ça, c’est le genre d’arguments qui marche jamais à un entretien d’embauche : « salut, je connais rien à votre biz, mais bon j’envoie pas mal. Ça peut le faire ? » Pourtant ça marche. Elle débarque avec ses trente première pages chez un éditeur. Et un an et demi de boulot plus tard, qu’est ce qu’on trouve en librairie ? Ça :

Avec son petit côté 60’s, ses bords de cases arrondis, ses persos parfois juste esquissés qui donnent un ton doux-pastel-qui-n’y-paraît-pas, Nine raconte des histoires de filles bien cash. Pas des conneries à la Disney avec un Prince en carton. Plutôt un genre de Riad Sattouf mâtiné de Grazia. Des vraies histoires où ça clashe dans des petits ricanements ou des envolées hormonales. « J’avais envie de parler des bons mots, des trucs très durs, du côté cruel et incisif des histoires de filles. Le revers de la médaille. Parce que t’en chies quand même pas mal. C’est de là que vient l’humour aussi ». Les collants qui filent, les épilations foirées, les fantasmes foireux, les jalousies amicales… Un goût de bubble-gum collégien, avec ce qu’il faut d’acidité et d’amertume. Particulièrement dans ses deux premières BD, « Le goût du paradis » et « Girls don’t cry » (toutes deux sélectionnées à Angoulême), où elle fait vivre tout un petit monde de filles, seules ou en bande. « Je me trouve aussi superficielle qu’elles, avec les travers et les charmes de la superficialité. J’essaie d’insérer là-dedans un peu de mélancolie et de tristesse. Un deuxième degré pas aussi guilleret que ce que les personnages peuvent exprimer ».

Le cul

Pour son troisième opus, « Coney Island Baby », Nine abandonne le filon « petites histoires du quotidien », pour se lancer dans une BD croisant les histoires de deux égéries de la révolution sexuelle aux USA : Betty Page et Linda Lovelace (fais pas genre tu te souviens pas du nom de l’actrice de Gorge Profonde, coquin de lecteur). « J’avais envie de parler du rapport des femmes à leur séduction. Ce qui m’intéresse en général c’est quand même le personnage féminin, ses ambiguïtés. C’est le fil rouge ».

Et le porno alors, c’est juste vendeur ?

« J’ai pas l’impression d’être provocante. Je vais pas vers les trucs faciles, croustillants, racoleurs. Dans la scène de sexe, je préfère montrer Linda Lovelace qui s’essuie après. Je trouve ça assez touchant comme geste. Tout le monde s’essuie, mais on le voit jamais ». Pas de complexe à parler cru donc, mais avec un regard de biais, un petit décalage. « C’est ça la vie. C’est mignon et en même temps tu te coinces le bras quand tu couches avec quelqu’un. Y’a des bruits bizarres… Y’a rien de complètement uniformément chouette. On montre pas assez ce côté bêtisier, prise de tête du sexe ». Là, les rédacteurs du POTAJ se regardent interloqués, eux qui font l’amour comme dans les films, mais, professionnels avant tout, l’interview continue.

Le Rubiks Cube

Ce qu’il faut qu’on vous dise, c’est que si Nine a accouché de trois BD – eh ben c’est comme l’accouchement en vrai, Churchill style, avec du sang et des larmes (ne nous remerciez pas pour cette délicieuse image de Winston sur la table d’accouchement qui vous trotte maintenant dans la tête, ça nous fait plaisir). « Il y a la phase intellectuelle où là c’est le casse-tête. Pendant six mois, t’es bloqué à essayer de résoudre des équations, à tourner le Rubiks Cube dans tous les sens pour pas partir dans la mauvaise direction. C’est angoissant. T’as toujours peur de faire de la merde. Tu te dois à toi-même d’être exigeant. Tu as peur de décevoir. Parfois, t’as beau être en famille, entre amis, tu rumines des trucs. Ces temps ci, tous les matins, j’essaye de scénariser ma nouvelle histoire. Et l’après-midi je bosse sur le dessin, l’encrage, pour un autre album. J’alterne le travail intellectuel et l’exécution ». Je vois bien. Personnellement, j’alterne travail intellectuel et bière, c’est le même concept.

Au prochain épisode…

Pour ceux qui n’ont pas lu Nine Antico, il faut commencer par s’enchaîner « Le goût du paradis », « Girl’s don’t cry » et « Coney Island Baby », de préférence vautré dans un Chesterfield en cuir anglais et un paquet entier de Pim’s. Pour ceux qui auraient malheureusement achevé ces trois volumes, tranquillisez-vous, les prochaines ne sauraient tarder. Au programme, une sorte de suite de « Girls don’t cry » en huit chapitres qui doit sortir au printemps, où les filles ont grandi et rentrent dans le vif du sujet. « Ca se passe la nuit. Avec ce qu’il y a de complexe, de brinquebalant, quand tu couches avec quelqu’un, que t’as vingt ans, que tu es dans ta sexualité active, que tu tentes des trucs,… ». A lire à plusieurs donc, dans le même Chesterfield, avec ou sans les Pim’s.

Egalement à venir, une BD qui parlera du milieu musical des années 60-70 en Californie via un personnage de groupie, Pamela Des Barres, pour laquelle elle a obtenu une bourse de voyage. Et un scénario de film. Certains lui ont déjà proposé des adaptions, poliment déclinées pour l’instant. « Tant que je suis autonome financièrement, que je n’ai pas d’enfant à charge, je préfère ne travailler qu’avec des gens que j’aime ».

Cool, nous, on le prend comme un compliment, forcément. Enfin tant qu’on n’arrive pas dans un prochain album. « On retrouve des phrases, des bribes, des situations, mais personne peut s’identifier clairement », assure-t-elle. N’empêche que si y’a deux journalistes musculeux dans ta prochaine planche, on sera pas dupes.

Fidèle lecteur, si tu as lu jusqu’ici, tu as bien mérité – en plus de notre admiration – ce deuxième extrait pour te remettre de l’effort intellectuel.

Thomas Cailley, réalisateur et scénariste

17 Juin

Pre-scriptum : une fois de plus, le Potaj vole au secours du succès. Le court métrage réalisé par Thomas Cailley vient de recevoir le Fujifilm Award 2011, après le Prix du public aux Rencontres Cinémaginaire d’Argelès sur Mer, le Prix du Public au Festival International de Lisbonne, le Prix du public au Festival Ciné en herbe de Montluçon, le Prix Jeunes Talents au Festival du cinéma européen de Lille, le Prix du public au Festival Premiers Plans d’Angers,… rien que ça. et on vous passe les sélections. Moteur…

Le jeune homme qui s’avance, démarche plutôt assurée et sourire discret, dans un cuir de bonne facture, est un trouble fête. Mais ça je ne le sais pas encore. Moi, je ris encore intérieurement au souvenir de son court-métrage, Paris Shanghai (à voir ce vendredi 17 juin à 21h au Ciné104 à Pantin, ou sur Canal + Cinéma dès ce WE, horaires en bas du post ). Mais voilà, Thomas Cailley va passer l’heure qui suit à m’en expliquer patiemment les ressorts. Plus de magie, mais une mécanique précise qui mène au fou rire. Le job de blogueur est parfois cruel. Je subis donc ses explications passionnantes comme s’il me démontait une excellente blague avec application.

Voilà un visuel de l’accusé, très sympa par ailleurs :


Thomas Cailley nous a d’abord été présenté sous forme de film donc. Un jour que la rédaction du Potaj au grand complet, s’était délocalisée au MK2 Quai de Seine pour une session de courts métrages, munie comme il se doit de buckets de pop-corn XXL carnets de notes préparatoires, Général Rondot style.

Il faut rendre à César ce qui est à Thomas Cailley, la projection de Paris Shanghai fut un grand moment. Un concours de pouffements étouffés et d’éclats de rires sonores. La salle au complet se poilait. OK, « salle au complet » est peut être une expression osée quand il s’agit de projections de courts-métrages, mais tout de même.

A l’écran ce soir là donc, Manu, sympathique barbu à peine trentenaire flanqué d’un T-shirt Paris-Shanghai part pour un voyage à vélo reliant les deux villes. Quelque part dans la campagne française, il tombe par accident sur un ado un peu paumé, Victor, qui vient contrecarrer ses plans. OK, dit comme ça, le pitch a peut être pas l’air à se pisser dessus. Et ben faudra me croire. Ou aller au Ciné 104 ce soir. Ou regarder Canal+ Cinéma ce WE. Ou arrêter de faire ch…, oh !

Après Mission Cléopâtre de Chabat et Borat de Baron-Cohen, Paris Shanghai fut perso ma troisième expérience de rire collectif en salle obscure. Pardon pour cette filiation incongrue. Le comique réaliste et caustique du film n’a pas grand chose à voir avec les deux premiers et le ferait plus ressembler à un Chatiliez grand cru. Mais le réalisateur nous a salement décomplexés question références en confessant par la suite « Moi et mon frère, on a regardé les mêmes conneries assez tôt, Wayne’s World, Point Break,… On a vu les deux à peu près 150 fois. Là tu te dis que le cinéma peut vraiment apporter quelque chose ». C’est bon, on peut se lâcher, Mégateuf.

On ne dira jamais assez tout ce que l’on doit à son grand frère. Pour Thomas, ce fut David, son aîné, qui, en plus de lui faire découvrir Wayne’s World, ce qui en soit justifierait une forme de reconnaissance éternelle, lui a montré la voie à suivre. Celle qui part sur le côté. « Un an avant moi, il avait abandonné sa carrière de prof de physique pour devenir chef opérateur. Je me suis dit – ah ouais c’est cool on peut faire ça malgré nos grands âges ». Pour lui ce sera la Femis. Changement de cap pour ce diplômé de Science Po passé par Ubisoft et l’univers des boîtes de prod, côté administratif. « J’avais envie de passer à la création pure mais je ne m’autorisais pas à arrêter les métiers sérieux ». C’est pas sérieux ce que tu fais ? « C’est moins sérieux : tu nourris ton travail avec tes obsessions, avec tes désirs, tes fantasmes, avec tes obsessions… C’est tout sauf sain. C’est génial mais c’est vrai que c’est difficile de justifier ça de manière rationnelle… ».


Thomas Cailley est-il pour autant un boute-en-train, contrepetant à longueur de phrase ? Non, plutôt un réalisateur méticuleux qui sait ce qu’il veut, quand, où, comment et pourquoi. Démonstration.

Ecrire drôle

Un ressort de comédie essentiel, qu’il a piqué dans Comédie, mode d’emploi, le bouquin de Judd Apatow, c’est qu’on passe sa vie à expliquer à ses potes des trucs qu’ils n’arrivent pas à comprendre. « Il y a un duo comique, un jeu de contraste entre les deux personnages. S’il y en a un qui est un peu lunaire, il en fallait un plus terrien. S’il y en a un qui parle beaucoup, l’autre n’est pas du tout dans la communication ».

T’es confronté personnellement à ces problèmes de communication ?

« J’arrive pas à te répondre ». Rires

Après l’écriture, rebelote avec les acteurs. Pour ceux qui rêvent de se la couler douce en mode Beverly Hills, faudra repasser. « On a passé deux mois avant le tournage à faire deux répét par semaine avec les comédiens, on amenait à chaque fois une scène et on l’épuisait. Après on rajoutait une contrainte dramatique. Toi, tu veux savoir ça, lui veut pas te le dire, … On a beaucoup réécrit avec eux ». Les mêmes blagues pendant deux mois ? C’est un peu comme faire Paris-Toulouse avec l’autoradio bloqué sur Rire&Chansons. Pas étonnant que jusqu’au réalisateur se lasse. « Au moment de la première projection, je m’étais fait à l’idée que c’était juste l’histoire de ces deux personnages, que ce n’était pas spécialement marrant ». On est à Montreuil, début janvier, le réalisateur est dans ses petits souliers. « Et là, énorme surprise, le public a commencé à rire dès le générique alors que ce n’est que du noir avec le nom des comédiens. J’étais halluciné. Je me suis retourné, persuadé que quelqu’un s’était cassé la gueule dans la salle. En fait non, c’était à cause du film ».

Filmer technique

Tel un mécano barré dans Pimp my ride, Thomas Cailley devient prolixe quand il s’agit de rentrer dans le moteur de son bébé . « Le film fonctionne avec deux régimes d’images. D’une part des plans très fixes et assez larges. C’est le monde tel que Manu se le représente, comme une carte postale, avec des décors en deux 2D, écrasés, presque en toile peinte derrière. D’autre part des moments plus à l’épaule, plus saisis, pour l’action présente ». Il n’a pas l’air surpris que ça m’ait échappé, et poursuit doctement sur les avantages de la pellicule sur le numérique en termes de grain et de profondeur de champ. « Avec le numérique, tout est net, on ne sait pas où regarder. Et puis, avec la pellicule, il y a une rareté parce que ça coûte très cher, donc ça pousse au choix ». Ah, oui, c’est sûr. « C’est vachement mieux : boum ça tourne et on entend la petite pellicule qui se met à tourner ». Je crois qu’il a fini par comprendre mon niveau de compétence technique.

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Monter au cutter

Une semaine de tournage. 3h30 de rushes pour sortir 25 minutes de film. Faut sabrer, comme dirait un économiste du FMI de passage à Athènes. « Pour chacune des scènes on s’est retrouvé un peu inconsciemment avec des scènes qu’on avait construites en trois actes, avec une exposition, un conflit et une résolution. Ca faisait une sensation de yo yo sur le film ». Première opération : « out » les débuts et les fins de scène. Le film progressera par bloc. Et c’est ça qui fait que c’est drôle ? « Il faut pas monter le truc en se disant il faut que ça fasse marrer. La bonne idée c’est de montrer la relation, l’enjeu humain. Là c’est deux mecs qui ont rien à faire ensemble à la base, et à un moment un des mecs a l’opportunité de laisser l’autre dans ses emmerdes ou de l’aider. Le comique tu le ressens dix fois plus avec ça. Parce que dès que tu prends au sérieux l’enjeu humain, toutes les situations deviennent plus fortes. Il faut monter le champ / contre champ, les regards, la façon de juger l’autre ou de l’encourager ou de l’envoyer chier, c’est là que ça existe ».

Et bien se foutre de la gueule de ses potes

Petit à petit, sous ses airs de jeune homme bien sous tous rapports, se dévoile un bon tacleur, qui a profité de son premier film pour casser du sucre sur le dos de ses potes. « J’aime taper, c’est mon hobby », disait Bart. Ici, La comédie est un moyen facile de moquer cette habitude déconcertante qu’ont les jeunes salariés cools de se casser en voyage initiatique genre sac à dos, bonnet péruvien et rencontre avec les autochtones après une intense préparation sur Google Images. Des Froots (faux roots) ou des Broots (bourgeois roots) pour reprendre la fameuse terminologie d’Usbek&Rica (n°3, page 19). « Pour Manu, c’est une évidence alors qu’en fait derrière cette quête existentielle, il y a clairement un vide un peu sidéral. C’est une fuite en avant. Sous prétexte qu’autour de lui il trouve que tout est faux, en avançant, il devrait trouver du vrai. En fait la seule chose vraie qu’il rencontre dans ce voyage c’est ce gamin qu’il y a en face de lui, et il se révèle à ce moment là incapable de l’aider ».

Bref, y’a à voir et à penser dans Paris Shanghai. On like et on laugh. Alors hop hop on se bouge, on y va au lieu de passer sa vie sur Google Images, bande de froots !

Plus de renseignements : http://www.facebook.com/pages/Paris-Shanghai/189359954423296

Toutes les photos de tournage sur ce post sont sous copyright Ivan Mathie.

Chloé Mazlo, cinéaste d’animation

11 Mai

En poussant la porte de chez Chloé, je me dis – « ça claque d’être artiste ». Pas parce que ce sont tous des gens grands, beaux, riches et intelligents. Non, ça ce sont les gens qui rédigent des blogs – comme chacun sait. Ce qui me frappe c’est le bordel ambiant. Chez moi, c’est une plaie, masse grisâtre parfois un brin sale. Chez Chloé, le bordel est coloré, festif. Des mains en papier géantes cachent une kalachnikov en plastique. Des badges, des bouquins, des photos, une casquette imprimée Vichy, un poster de chats en hologramme…

D’ailleurs, en la regardant avec sa robe imprimée grand mère et ses godillots à moitié ouverts, elle a du style. Indéniablement. Sur quelqu’un d’autre, ça aurait au mieux un effet Causette. Marie-Anne Chazel au pire. Mais chez Chloé, c’est fluide. L’art de faire du neuf avec du vieux, d’arranger des éléments de bric et de broc. J’aimerais bien lui mettre Bubamara en fond musical, mais elle trouverait sûrement ça cliché, pas assez electro ou je ne sais quoi. On ne s’improvise pas Chloé. Voilà un premier apercu de croquis de la demoiselle.

La meilleure façon de comprendre son travail, c’est encore d’aller voir ses films. Moi je me suis essayé à la description, d’un maladroit « entre Michel Gondry et Marjane Satrapi », avant de me faire renvoyer dans mes 22. « Beaucoup de gens me font cette reflexion. Je comprends pas trop pourquoi. Enfin si, sans doute Gondry parce que mes films sont fait avec du carton, et Satrapi à cause du Liban, même si elle est iranienne. Ca doit se confondre dans la tête des gens. Iran, Liban… Non ? » OK, je ferme ma gueule.

Son premier film d’animation, « L’amour m’anime », est un projet de fin d’études. Une sorte de journal intime d’une jeune fille qui loose dans ses relations amoureuses. Autobiographique ? elle confirme. « Mais c’est finalement ce que je connais le mieux. Et en parlant de moi, j’arrive un peu à parler de plein de gens. En plus, c’est moins cher que le psy ! » sourit-elle.

Après des études aux Arts Décos de Strasbourg, alors que ses potes d’école s’en vont bosser comme graphistes, elle n’en fait qu’à sa tête et décide de continuer à faire des films. « Le graphisme m’a appris énormément de choses utiles pour mon travail. Mais travailler dans ce milieu, pour des clients qui ont des goûts de chiottes… » J’acquiesce. J’ai entendu dire que c’est pour ce genre de raison que des journalistes ouvrent des blogs…

Le choix à l’époque n’est pas évident pour autant. Pas tant vis à vis de sa famille, qui n’en attendait pas moins. Son père, bijoutier créateur a convaincu deux de quatre enfants de se lancer à sa suite. La n°2 se devait de faire quelque chose de ses mains. Elle m’exhibe fièrement un dessin de gamine intitulé « quand je serai grande je ferai des tableaux ».

La difficulté est plus de s’expliquer au jour le jour. « Maintenant j’arrive à en parler, mais au début quand j’arrivais dans une soirée et qu’on me présentait genre « Ça c’est ma pote artiste », c’était pas facile de se justifier ». Quelques années et quelques films plus tard, les doutes se sont progressivement estompés. Parmi d’autres, c’est une photographe rencontrée à Strasbourg qui l’a décomplexée en lui disant que « l’art c’est 90% de travail, 5% de talent et 5% de relations ». Depuis elle retourne la question. Et vous alors, pourquoi vous n’en faites pas de l’art ? C’est vrai ça à la fin ! « Même si ça continue à m’embêter de devoir tout expliquer. Pourquoi dans ton film il y a un ours ? Pourquoi un masque de poulet ? etc… » Bon, je poserai pas la question alors. C’est dommage, certaines images de son film Deyrouth étaient déroutantes (tiens, un super jeu de mot pas fait exprès). Deyrouth, c’est un récit de voyage inversé. L’histoire de cette fille d’émigrés libanais fuyant la guerre refaisant le parcours de ses parents dans le sens contraire. Récit initiatique et foutraque dont voici quelques images.

Dans sa gigantesque chambre-atelier, des bouts de Canson de couleur jonchent la table où ronronnent deux ordinateurs. Ça rappelle l’atelier fabrication de carte de vœux organisé par la vieille Mademoiselle Fournier en CE2.

Sauf qu’on est à la pointe de la technologie. Les animaux, personnages et décors en papier s’animent en fait sur Iphone et IPad. Albert, c’est le nom du ptit gars qu’a pas une vie facile et que tu dois aider à travers sa journée, voilà le projet sur lequel bosse la réalisatrice ce jour-là. Ma première opinion fut « ah ouais gentillet », avant de m’apercevoir que j’avais passé ma soirée à tenter de débloquer les derniers niveaux et collectionner les « trésors » cachés. Ma deuxième opinion est donc « dangereux ». Depuis, un gamin de dix ans m’a pourri les highscores. Ma troisième opinion est donc « frustrant »

Quoi ? Une artiste libre et créative de plus qui se vend au grand capital ? Pas sûr. Une production signée Chloé Mazlo, c’est un peu comme un solo de Santana ou une chronique de Zemmour (dslé c’est pour les moteurs de recherche) : facilement reconnaissable. Récemment, elle a bossé pour une boisson énergisante – Burn – et ça beau être une pub, c’est « vraiment ouf chanmé » selon une enquête indépendante auprès de l’auteur de ce portrait.

Tu as noté la Chloé’s touch ami lecteur ? Si tu n’es pas d’accord, tu peux troller ce post avec des commentaires sceptiques, voire haineux. Nous autres bloggeurs en manque de buzz on adore.

C’est la fin de l’après-midi. L’interview touche à sa fin. Des plans pour la suite ? La réalisatrice passe bientôt de l’autre côté de la barrière en tant que membre du comité de sélection du festival Cinéma Brut. « Et sinon je suis à Genève le WE prochain pour un set de VJing, tu sais pas ce que c’est ? ». Grillé… Après enquête, le VJ c’est comme un DJ (Aaaaah) sauf que c’est des images qu’il mixe en direct. Über fluide.

Pour les images, c’est par là:
http://www.chloemazlo.com/index01.html