En répétition avec Laurie Jesson, metteur en scène

3 Fév

On the field. Tels d’authentiques gonzo-journalistes en mal de sensations fortes, les plumes téméraires du POTAJ (nous) sont parties coeurs vaillants, caméra à l’épaule, dans une de ces contrées où la police ne va plus : le 18ème. Avec une certaine appréhension, certes, mais galvanisés par le sentiment de l’importance de notre tâche, nous nous sommes infiltrés dans un lieu obscur et méconnu, où se réunit chaque samedi soir un groupuscule d’individus sous de fausses identités.

« Théâtre Pixel », pouvait-on lire à l’entrée de ce foyer d’agitateurs publics, qui prétendaient – à d’autres! – être de simples comédiens. Nous avons joué le jeu, néanmoins, et assisté à une séance de réglages, puis à la représentation de leur pièce, par ailleurs très amusante : Quand on aime on ne compte pas.

Imaginé par Jonathan Dos Santos, un des 4 comédiens, ce marivaudage « en mode LOL » – comme on pourrait l’écrire si on avait 14 ans (ce qui serait le cas si les années duraient 24 mois) – raconte l’histoire d’un couple marié dont les deux conjoints touchent séparément le gros lot : l’une hérite, l’autre voit sa société introduite en Bourse. L’argent ne faisant pas le bonheur, selon le vieil adage des gens qui n’en ont pas, ils tentent ensuite de se piéger mutuellement, à l’aide de deux amis complices, pour divorcer sans avoir à partager le magot. Situations cocasses, coucheries, rires, applaudissements.

Fins limiers que nous sommes, nous avons concentré toute notre attention sur celle qui pouvait apparaître comme le cerveau de la bande, la femme de l’ombre derrière l’opération : Laurie Jesson, jeune metteur en scène de 31 ans. Avant de publier (bientôt) son portrait, nous vous proposons de la voir en action et de découvrir ainsi par l’exemple la réalité d’un travail de mise en scène.

Obstinément retranchée dans l’obscurité, au désespoir du cameraman, elle a un super-pouvoir essentiel. Celui de faire poser leur cul aux quatre joyeux drilles survoltés. Pas une mince affaire a priori, mais ce doit être le prestige du boss, l’équipe est sage comme une image. Premier brief.

Comme tout bon manager qui se respecte, elle pointe les failles – dans la diction, les déplacements, le rythme… – qui menacent de gâter la sauce. Et fait des phrases compliquées, certainement pour justifier sa position hiérarchique :

« Je sais pas si c’est parce que toi tu vas doucement que toi tu accélères ou si c’est parce que toi tu vas vite qu’elle elle ralentit« .

O_o

Ça a beau être la neuvième représentation, une tirade qui claque, ça se travaille, ça se peaufine. Coup de chance, le metteur en scène est « docteur ès supercherie ». Elle commence donc à dispenser sa science de la petite ficelle, ce qui ne manque pas de nous mettre mal à l’aise.

Assister à une répétition de théâtre, c’est un peu visiter les arrières-cuisines d’un resto chinois. Qui a vraiment envie de savoir comment sont fabriquées les boules coco ? Et ben, pour les blagues, c’est pareil.

Comme la désagréable impression d’assister à la planification minutieuse du viol de nos zygomatiques (ok, on exagère un peu, mais ça aussi c’est un truc).

La répétition se poursuit. Un metteur en en scène se doit d’être relou pointilleux. Laurie Jesson est très pointilleuse. Admire, lecteur, ce travail sur le « Oh » triste et le « Oh » désappointé.

Tout y passe. Scène après scène, on ne retravaille pas seulement le texte – ce serait trop simple – mais aussi les déplacements. Parce que les comédiens ont l’air comme ça de se mouvoir librement, mais en fait c’est Kim-Il-Jesson qui dirige tout.

Pas de demi-mesure dans la gestuelle. Quand il faut y aller, il faut y aller. Le metteur en scène suggère à un acteur d’utiliser le poteau qui se dresse au milieu de la scène comme une barre de pole-dance ? On s’exécute. Et avec force déhanchés s’il vous plait (scène censurée au montage, désolé).

La petite bande est même prête à prendre des coups pour la cause.

Pauvres acteurs, entièrement soumis au bon vouloir du tyran de la mise en scène… Si vous voulez monter un syndicat, nous pourrons bien entendu apporter le témoignage accablant de violence physique de la précédente vidéo.

Et aussi celui de ce bon vieux bash :

Vous comprendrez notre surprise lorsqu’après le spectacle, la troupe se fend d’un hommage appuyé à son tortionnaire.

Complexe de Stockholm ?

Après moult hésitations, nous avons décidé de ne pas en parler aux services sociaux, c’est quand même émouvant une jolie relation sado-maso comme celle-là.

Surtout quand elle accouche d’une pièce aussi bien réglée (ce que nous ne sommes pas les seuls à penser : voir les commentaires des spectateurs).

Une Réponse to “En répétition avec Laurie Jesson, metteur en scène”

  1. Knorr 4 février 2012 à 13 h 00 min #

    Chouette, tous au théâtre !

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